Description:
Xème dynastie
Bateau funéraire
Bois polychrome
Saqqara. Fouilles de C.M. Firth
Bateau funéraire, du même type que eg.356, transportant un sarcophage protégé par un baldaquin orné d’une corniche à gorge. L’équipage est composé d’un sondeur de fond et huit rameurs à la poupe et d’un homme chargé du gouvernail à la proue. La coque du bateau est stuquée et peinte en blanc. La poupe et la proue de l’embarcation sont ornées de rosettes peintes alternativement en rouge, blanc et jaune. Le coeur jaune de chaque rosette est cerné de vert. Au centre de l’embarcation se trouve un baldaquin dont la couverture, peinte en blanc, est emboitée sur quatre colonnettes lotiforme. Entre le ciel du baldaquin et les colonnettes, on peut noter la présence d’une corniche à gorge, peinte alternativement en rouge, jaune vert. Sous le baldaquin se trouve le coffre du sarcophage peint en blanc et décoré d’une frise rouge, jaune et verte. Il est de plus petite taille que sur le modèle précédent. A l’avant du baldaquin, deux personnages sont assis, genoux relevés, adossés à une colonnette. Ils portent une perruque courte noire maintenue par un bandeau blanc. Ils ont la main droite courbée sur la poitrine et font face aux rameurs.
Le sondeur de bout à l’avant du bateau a perdu sa perche. Les rameurs tiennent chacun une petite rame de couleur foncée. Ils portent une perruque courte noire et sont vêtus d’un pagne court. Ils sont tous agenouillés et semblent ramer d’un seul mouvement. Leur peau était peinte en rouge.
L’homme qui dirige le gouvernail porte la même perruque courte que les rameurs. Malgré la présence de traces noires, il semble que sa peau ait été peinte en rouge. Il tient un long gouvernail qui n’est peut être pas d’origine.
Techniques de fabrication et analyses :
La coque du bateau est en bois clair. Le pont est stuqué et peint de couleur vert foncé. Les marins sont fichés dans la coque par une petite cheville placée sous leurs genoux. Le modelé de leurs visages était plutôt soigné à l’origine mais beaucoup ont perdu leur polychromie : le nez, la bouche et les yeux sont sculptés. Chaque marin a été fait dans une même pièce de bois, on ne distingue pas de trace de chevillage. Seules les rames sont insérées dans les mains fermées. Les deux derniers rameurs ont perdu leurs rames. L’homme qui dirige le gouvernail a été fabriqué différemment des autres marins : ses bras ont été chevillés au reste du corps. Le sondeur a les pieds joints et semble fiché dans la coque : le stuque sert de colle.
Commentaires :
La sépulture dont provient cette scène est datée de la Xème dynastie. Elle a livré une collection importante et variée de modèles en bois, douze au total, tous conservés au Musée d’Ethnographie de Neuchâtel. Lors de la découverte de la tombe, les modèles étaient empilés les uns sur les autres, beaucoup avaient perdu certains de leurs personnages, particulièrement les embarcations. Depuis la découverte, un personnage a disparu : il figure encore sur les photos de G. Jéquier. On peut se demander si tous les éléments de cette embarcation sont ceux d’origine ou si des remontages ont été faits avec des pièces isolées découvertes dans la tombe.
Les deux personnages adossés aux colonnettes du baldaquin semblent protéger le sarcophage. Ils sont en position de respect. Cette embarcation en relation avec eg.356 peut être analysée comme une seconde étape du voyage du défunt.
Aucune analyse de bois n’a été effectuée sur cette collection : il serait intéressant de comparer les essences de bois employées pour la réalisation de ces différents objets afin de tenter de comprendre si ils ont été fait au même moment, si les bois utilisés proviennent d’Egypte ou d’ailleurs pour mieux comprendre les techniques de fabrication et l’approvisionnement des artisans de Saqqara. Il sera utile de vérifier les techniques de fabrication de ces scènes lors du nettoyage des vitrines : en effet, en raison de la difficulté de manipulation des vitres, nous n’avons pas pu étudier l’arrière des scènes, ni l’envers des bases, éléments qui habituellement donnent de nombreuses informations.
Cette sépulture, caractéristique de la période héracléopolitaine, est particulièrement intéressante pour comprendre l’évolution stylistique et technique des modèles en bois entre la fin de l’Ancien Empire et le début du Moyen Empire.
L’étude de ces modèles en bois est une importante source d’informations pour mieux comprendre cette période de transition encore peu documentée sur ce sujet.
Il est intéressant de noter que cette embarcation ressemble aux barques funéraires caractéristiques des tombes de la XIème dynastie. Cette sépulture apporte encore une fois des informations précieuses quant à la période d’apparition de ce type d’embarcation, dite de Type IV par G. Reisner.
[G. Eschenbrenner-Diemer]